Association d’alphabétisation du Foyer Pinel
Cours d’alphabétisation et de FLE à Saint-Denis (93)

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Vues sur les manuels d’alphabétisation

mardi 19 octobre 2010, par Georges

Par Marion et Georges

 Remarque préliminaire

(Marion : )
Pour les manuels photocopiés, j’ai mixé la « méthode d’alphabétisation Gillardin » et « Trait d’union, méthode pour migrants ». J’ai coupé en 2, sur 2 ans, chaque gros tome Gillardin ajouté à la fin toutes les BD et les documents intéressants, dont les fiches de mise au point, du Trait d’union)

(Georges : contrairement à Marion, je me suis toujours servi, jusqu’ici, de photocopies sous forme de feuilles volantes ; l’idée du manuel photocopié relié qui puise dans plusieurs manuels existants me semble nettement préférable)

 Grands débutants :

Alphabétisation pour adultes. Lire et écrire

(Georges : ) Pour les débutants, je me sers essentiellement de : Alphabétisation pour adultes. Lire et écrire , CLE International. Assez exceptionnel, à mon sens. Il est fait par trois professeurs de français de la mairie de Paris.

Méthode :

  • syllabique
  • pour la lecture : polices de caractères variées ; les consonnes muettes et les ‘e’ caducs sont imprimés en caractères creux, etc.
  • pour l’écriture : Majuscules d’imprimerie minuscules liées (c’est un des seuls bémols de l’ouvrage à mon sens ; avec l’écriture cursive, il m’a toujours semblé que les élèves du groupe 1 passaient tellement de temps à calligraphier les lettres qu’ils ne prêtaient pas vraiment attention au reste, et que du coup, il valait mieux opter pour l’écriture non liée ; Philippe a fait remarquer à juste titre que l’écriture liée permet toutefois de mieux faire comprendre aux élèves qu’il faut laisser des blancs entre les mots ; j’ai peut-être tout simplement été trop impatient)
  • pages avec des mots-clés (image/écriture-lecture)
  • petit guide du formateur à la fin de l’ouvrage

(Pour ceux qui veulent commencer avec la méthode globale, il est possible de commencer directement avec le Gillardin, cf ci-dessous, en allant doucement – il s’appuie sur le recopiage et l’identification des mots par discrimination)

 Débutants (niveaux 1 et 2) :

1. Trait d’union. Méthode de français pour migrants

(Georges : ) Pour les élèves déjà un peu plus avancés, il y a, du même éditeur, plusieurs manuels appelés Trait d’union. Méthode de français pour migrants (Cahier d’exercices, Cahier de lecture, etc.). Je me suis moi-même surtout servi du tome 1.

Méthode et structure

  • vise essentiellement l’oral
  • présentation des termes clés au début, avec une image (cahier, stylo, ‘elle s’installe’, ‘il est prêt’, etc.)
  • 12 unités, dont chacune est structurée de la même manière :
    • une page de BD qui présente le thème (p.ex. Combien ça coûte ? ; Terminus !, etc.)
    • exercices à l’oral avec des dialogues-type correspondant au thème de l’unité (il y a un CD qui va avec, que je n’ai pas acheté, j’ai essayé d’adapter ces exos autrement)
    • exercices de prononciation
    • exercices d’écriture (dans le cahier d’exercices ; pour les trucs pratiques [chèque, lettre, plan, etc.], ce n’est pas trop mauvais, mais pour la grammaire, ça n’a pas un grand intérêt ; aucune explication, phrases sans trop d’imagination ; c’est pourquoi il vaut mieux se servir d’autre chose, me semble-t-il, cf. infra)
    • partie découverte : travailler à partir de documents visuels (consignes pour les premiers secours, carte météo p.ex.)
    • à la fin de chaque unité, portraits de migrants

[les deux phrases citées plus bas par Marion figurent dans cette section, très bien-pensante, en effet. Mais avec un peu d’ironie, on arrive à s’en sortir très bien – et les élèves sont les premiers à ne pas prendre au premier degré, me semble-t-il ce genre d’éloges entonnés à propos de la merveilleuse vie en France. Par ailleurs, le Gillardin, quoique plus réaliste dans les parties dialoguées, ne me semble pas non plus exempt d’un certain paternalisme bien-pensant. C’est un inconvénient qu’il faut accepter – heureusement, toutefois, les éditeurs ont fait du chemin depuis Mamadou et Bineta…

  • carte de France, d’Europe à la fin (malheureusement, il y a déjà toutes les villes et noms de pays ; pour télécharger des cartes muettes bien faites, il y a e.a. l’adresse suivante : http://histgeo.ac-aix-marseille.fr/carto/index.htm)
  • récapitulatif synoptique des ‘compétences’ travaillées dans chaque unité à la fin de l’ouvrage ; pas de guide du formateur dans le manuel même (à acheter à part, ne sert pas à grand-chose)

(Marion : ) à propos de Trait d’union, méthode de frçs pour migrants, CLE :

  • avantages : Les bandes dessinées pour chaque leçon, le format léger, les couleurs ; les cartes ; le côté pratique et concret des thèmes : l’arrivée en France, le pb de la langue, le code de la route, le médecin, etc. A la fin, des pages de récapitulatif des points de grammaire.
  • inconvénients : il faut soit choisir entre le manuel principal où il y a les textes et les leçons, mais pas d’exercice d’écriture ni de possibilité d’écrire dedans, pas vraiment d’exercices à trous. / ou bien le cahier d’exercice, que des exercices à remplir. (prendre les deux ne paraît pas très réaliste). L’élève ne peut pas se servir du manuel comme d’un cahier.
  • GROS INCONVENIENT à mon avis : ce manuel a tout d’un manuel d’intégration. Il est organisé comme une sorte de promotion des valeurs françaises, et du modèle de ce que serait un « bon immigré ». (Des phrases du genre : « je ne vais pas demander à 60 millions de français de s’adapter à ma prononciation, il est normal que ce soit moi qui fasse un effort » / ou bien « avant je trouvais ça bizarre de mettre les personnes âgées en maisons de retraite, mais maintenant j’ai compris que c’était normal » me choquent…) Tout est fait pour présenter les « règles » de la merveilleuse vie française, ce que je trouve – personnellement – assez insupportable.

2. Bernard Gillardin, Maîtriser la lecture et l’écriture, méthode pour adultes, édition Retz

Avantages :

  • les thèmes adaptés à la réalité des migrants, et en même temps non restreints au pb d’une bonne intégration. (Ex. Thèmes des leçons du tome 1 : l’identité, la famille, le logement, le temps, l’habillement, l’alimentation, les achats, les déplacements, la santé, le travail et l’emploi). Il semble vraiment fait pour aider les migrants, - il parle aussi de leurs divers pays et cultures d’origine - , et non pas fait pour leur transmettre certaines règles de la vie française.
  • Allie le thématique et le travail d’écriture et de grammaire : connaissance d’un vocabulaire thématique, expressions, avec des révisions des exercices de recopiage, des exercices de grammaire à trous, etc., des lignes à faire…
  • Les leçons sont longues mais axées sur l’exigence de révision du vocabulaire et des structures, de leçon en leçon, on retrouve les mots, on les révise, on les réutilise dans bcp d’exercices.
  • Propose des documents, des exemples de formulaires à remplir qui sont pratiques pour les migrants – exemple de formulaire de la poste, de recommandé, de demande de titre de séjour, de formulaire de demande d’aide au logement, CAF, etc. etc.
  • Gros avantage pour moi : il fonctionne à la fois comme un livre et un cahier pour l’élève. Il y a dedans les leçons et les exercices. Les exercices une fois abordés se répètent, donc une fois les consignes comprises, les élèves se familiarisent avec les types d’exercice demandés. Les élèves ont l’air attachés au fait de remplir peu à peu leur livre (il y a en général des réclamations si on saute un exercice ou si on laisse de côté certaines choses), il y en a toujours 2 ou 3 qui s’avancent chez eux.

Inconvénients :

  • moins glamour que Trait d’union, avec des dessins mais sans couleurs.
  • Longueur : les leçons sont longues, on est obligé de laisser de côté ou de passer vite sur certaines choses. Le tome 1, à raison d’une fois par semaine, se fait en 2 ans. Idem pour le tome 2. En revanche, je pense qu’avec plusieurs fois par semaine, ça permettrait d’aller plus vite.
  • Monotonie : les types d’exercice se répètent. Mais en même temps, si c’est sans doute un peu ennuyeux pour le prof, ça permet à l’élève de s’y retrouver, de devenir relativement autonome dans le remplissage de ses exercices. Et de s’approprier réellement le vocabulaire en profondeur. Il y a beaucoup de répétitions.
  • Le manuel est gros.

 Niveaux 3 et 4 :

Méthode Gillardin, tome 2, cf supra. Trait d’union, méthode pour migrants niveau 2.

Exercices de grammaire en contexte

(Georges : ) Pour les exercices de grammaire à proprement parler, ce sont les Exercices de grammaire en contexte (niveaux débutants, intermédiaire) édités par Hachette qui sont de loin ce qu’il y a de mieux en la matière.

Structure & Méthode :

  • Au début de chaque unité (et de chaque sous-point abordé), de bons tableaux synoptiques avec les règles rédigées dans un langage pas jargonnant du tout, se limitant à l’essentiel, et illustrées par quelques exemples
  • À la fin de chaque leçon (il y en a 15 en tout), il y a un bilan avec des exercices récapitulatifs. (La grammaire qui va avec est très bien fichue aussi, claire, sans chichis)
  • Les exercices sont la plupart du temps des exercices à trous, parfois aussi des machins où il faut barrer le mot qui ne convient pas, et très rarement des exercices où il faut mettre les mots dans le bon ordre. Le principe de l’exercice à trous pose problème à plein de monde, mais une fois que c’est acquis, ça marche plutôt très bien. Les deux autres types d’exercice déstabilisent les élèves plus qu’autre chose, j’ai très vite arrêté d’en faire. De manière générale, c’est beaucoup moins répétitif que les exercices du Gillardin, qui, à d’autres moments, y va un peu vite en besogne (notamment pour tout ce qui relève de la conjugaison).

Le problème non négligeable de ces manuels FLE, c’est que les situations évoquées dans les exercices ne correspondent guère au quotidien des élèves. Cela ne vaut pas, toutefois, pour les Exercices de vocabulaire en contexte (vendus à part, évidemment), où certaines leçons sont vraiment excellentes (je ne me suis jamais servi que du ‘niveau intermédiaire’, et ne me souviens plus du tout du contenu du ‘niveau débutants’)

Pour la lecture suivie (groupe 4, et éventuellement groupe 3), CLE International édite des textes classiques et des polars en ’français facile’ : ça se trouve, comme tout le reste, au sous-sol de Gibert Jeune ’Langues étrangères’. On avait eu, à un moment donnée, l’idée de faire une petite bibliothèque de prêt (gratuit), mais le projet n’a jamais vraiment abouti (mea culpa…). Ça vaudrait peut-être la peine de relancer la chose.

(M : ) Les éditions scolaires pour CAP, ou filières de collège et d’insertion professionnelles, ont aussi de très bons textes, souvent plus modernes et plus abordables par leur contexte que les classiques réécrits. En particulier Mr Ibrahim et les fleurs du Coran, d’E. E. Schmitt. (En Gilbert Scolaire, rue de l’Ecole de Médecine)

Pour le calcul, enfin, je n’ai jamais rien trouvé qui ait été vraiment satisfaisant. Une amie instit m’a filé, il y a deux ans, un abaque dont je me suis servi pour expliquer la soustraction à retenue, ça a été assez pratique. Sinon, j’ai toujours concocté mes propres exercices, en m’inspirant, parfois, des exercices et problèmes de mes manuels de l’école primaire.

(M : ) Il y a sinon au Gibert scolaire, rue de l’Ecole de médecine, une foule de cahiers de maths, en particulier les cahiers de vacances, avec exposition des leçons et exercices à remplir.